dimanche 18 mai 2008

Chapitre vingt-sixième : « L’idéologie »

Le premier sens du concept d'idéologie: la distorsion. L’idéologie, en son sens marxiste originel, correspond à une fonction de distorsion et de dissimulation. Selon cette idée, développée dès les écrits de jeunesse de Marx (L’Idéologie allemande), l’idéologie propose une image renversée de la société; le lien est d’ailleurs clairement établi avec le procédé de reproduction des images de la camera obscura (image photographique ou image rétinienne). Cependant, le point de départ de l’idéologie se trouve dans la conception du divin présentée par Feuerbach dès L’essence du christianisme, où l’homme-sujet commence par projeter ses prédicats, c’est-à-dire ses caractéristiques essentielles, dans le concept de Dieu, puis en vient insensiblement à se considérer lui-même comme le prédicat d’un Dieu-sujet.

mercredi 14 mai 2008

Chapitre vingt-cinquième : « Pourquoi nous ne sommes pas marxistes »

"S'il se vante, je l'abaisse;
S'il s'abaisse, je le vante;
Et le contredis toujours."
(Pascal, Pensées, 420)


L’attention que Nietzsche porte aux conditions d’émergence du discours est entièrement guidée par le soupçon. C’est d’ailleurs sous le titre de «maîtres du soupçon» que Paul Ricœur regroupera les efforts concomitants de la psychanalyse (Freud), du marxisme (Marx) et du nietzschéisme pour exhausser le caché sous le manifeste, autrement dit les intérêts (inconscients, de classe ou bien vitaux), qui transparaissent de manière cryptique dans tout discours, eût-il l’apparence la plus objective.

mardi 6 mai 2008

Chapitre vingt-quatrième : « Y a-t-il une épistémologie nietzschéenne ? »

La critique de la morale ascétique occupe une place centrale dans le corpus nietzschéen. C’est par elle que nous avons commencé, car elle permet d’introduire directement au nouveau régime de questionnement mis en place par Nietzsche. Cependant, il serait extrêmement réducteur de ne voir en lui qu’un moraliste acerbe à l’égard du christianisme. La critique de l’idéal ascétique – nous n’avons cessé de le répéter et nous allons tenter de le montrer dans les chapitres suivants – ne vaut rien si elle ne s’articule pas sur le projet plus radical de rénover ce que nous appellerons – faute de mieux – nos présupposés épistémologiques. C’est à ce titre, et à ce titre seulement, que le Bouddhisme peut côtoyer la science, en tant qu’objet de l’attaque nietzschéenne.

lundi 7 avril 2008

Chapitre vingt-troisième : « La spiritualisation du désir »

L’injonction «Deviens ce que tu es» implique une nouvelle dimension ontologique, c’est-à-dire une nouvelle manière de concevoir l’être. Alors que Dieu représente l’Être suprême, figé dans son éternelle existence, pur reflet d’une projection inversée de la vie, l’individu, qui refuse cette fixation à laquelle tend le prêtre ascétique, s’ouvre au devenir. L’être redevient mobilité et, par-là, puissance d’innovation. Mais, encore faut-il rester fidèle au devenir, c’est-à-dire au désir qui en est la figure. En effet, se focaliser sur l’objet du désir revient à oublier l’instabilité du monde et manifeste une tendance propre à l’ascétisme, qui est de chercher l’objet qui contentera et apaisera le désir. Sur ce point, si l’individu cherche de quoi satisfaire son désir infini, il est certain qu’il se fourvoie en le cherchant sur terre, car Dieu seul peut lui procurer cette délivrance: il est la substance infinie qui remplit l’abîme sans fond de son désir. Le désir terrestre s’écarte donc doublement du désir ascétique: 1° il ne cherche plus dans un arrière-monde l’objet de son désir; 2° il ne cherche plus d’objet à son désir, si ce n’est le désir lui-même.

dimanche 6 avril 2008

Chapitre vingt-deuxième: «Deviens ce que tu es»

L’affirmation de la vie, sous l’espèce de la volonté de puissance, ne revient pas uniquement à reconnaître la valeur principielle de la vie, au détriment des individus. L’idée est plutôt de reconnaître que la rencontre entre la volonté de puissance et l’individualité, en laquelle elle s’incarne, produit sans cesse de prodigieuses concrétions. La lutte des instincts, que suggère l’idée de volonté de puissance, trouve alors un théâtre particulièrement fécond dans l’individu.